L essentiel

L’ESSENTIEL

Il était jeune, il était roi. Il avait à cœur de bien faire mais s’estimait trop ignorant pour une charge aussi pesante.  » C’est bon signe, pensaient les sages. La prudence et l’humilité sont, pour un roi, des vertus rares. »

Il peupla donc ses déjeuners, ses jardins, ses salles d’étude de grands savants et d’érudits. Il apprit ainsi d’eux que partout dans le vaste monde, des gens, depuis la nuit des temps, pensaient, réfléchissaient, exploraient des mystères, cherchaient et découvraient des secrets de la vie. Il en fut si ému qu’il proclama ceci :
« -Qu’une armée pacifique à travers mers et terres aille recueillir ces savoirs. Je veux que vienne ici tout ce que l’homme sait.

Des émissaires par milliers s’en allèrent donc chevauchant vers tous les horizons du monde. Près de quinze années s’écoulèrent. Enfin revinrent des grands fleuves, des monts, des steppes, des déserts d’interminables caravanes chargées de livres, de rouleaux, de parchemins, d’objets sacrés, d’encyclopédie, d’œuvres peintes. On dut bâtir une cité de musées et de bibliothèques pour accueillir tous ces trésors. Le roi parcourut à cheval ses longues rues, ses places rondes décorées d’antiques statues. Il en fut aussi fier qu’exténué d’avance. Jamais il ne pourrait tout lire, tout apprendre, tout méditer. Il demanda donc aux lettrés de rédiger pour chaque science un seul ouvrage explicatif. Après dix années de labeur, ils remirent au roi la clé d’une salle monumentale aux quatre murs de haut en bas couverts de dossiers manuscrits. Il en fit le tour, lentement. Sa barbe se faisait neigeuse. Quoique fringant, il se savait sur le versant fris de la vie.

Il dit à son Conseil des sages :
– Trop lourd, trop de mots, trop de pages. Mille ans ne me suffiraient pas pour tout lire et tout méditer. Allez à l’essentiel. Je me contenterais d’un article par science.
Il fallut huit ans aux lettrés pour mener à bien leur ouvrage. Quand ce fut fait, un matin bleu, le roi les reçut dans sa chambre. Il se mourait d’un vieux chagrin enraciné dans un amour que l’on avait cru oublié. Ils déposèrent à son chevet un livre épais de six cents pages.
-Je n’ai plus le temps, leur dit-il. Résumez d’une seule phrase ce qu’il importe de savoir.

Les conseillers se consultèrent. Le plus ancien sortit du rang, se pencha sur le lit royal. Il murmura :
-Roi sans pareil, en un mot comme en cent mille quoiqu’il arrive, bien ou mal, dans ce monde inhospitalier où nous sommes tous de passage tout vient, tout passe et passera.
Le roi sourit, et trépassa. »

Le texte est suivi de trois « chutes » ou « morales » :
-Ceux qui croient êtres nés sous une mauvaise étoile ne savent peut-être pas lire le ciel.
-Arrivé à la fin de ce que tu dois savoir, tu es au seuil de ce que tu devras ressentir. (Khalil Gibran)
-La question n’est pas d’élever sa conscience mais d’accroître sa présence.

Auteur inconnu

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